Avant le premier résultat de la première expérimentation

L’idée du départ de ma thèse est de dégager une structure du « lecte des apprenants » (Klein) concernant l’acquisition de la construction verbale en série. Plus précisément, je voudrais déterminer une éventuelle grammaticalisation du lecte des apprenants sur les constructions verbales directionnelles.
Et si on utilise le langage des gens normaux ?
Quand on apprend une nouvelle langue étrangère, le par exemple, on apprend non seulement le vocabulaire mais aussi son système, sa grammaire, son ordre des mots, son usage dans la vie quotidienne, etc. On cherche notamment à assimiler la langue, à l’intérioriser, et autrement dit à s’approcher de plus en plus des locuteurs natifs.
Chemin faisant, nous pouvons constater la naissance d’une nouvelle langue à l’intérieur de nous. Elle n’est, pour le moment, ni le (langue à apprendre) ni le français (langue maternelle). Cette nouvelle langue, « le lecte des apprenants » selon M. Klien, est propre à chaque individu. Comme toute langue naturelle, ce « lecte » change, évolue, et aussi se renforce.
Je me demande alors comment s’organise ce lecte au cours de l’apprentissage ? Comment les étudiants manipulent leurs connaissances face aux différentes situations de la vie ? J’ai donc choisi les verbes directionnels pour constituer le sujet de ma thèse dans le but de dégager une structure du développement de ce lecte.
Pourquoi ces verbes directionnels m’intéressent-ils ? D’abord, qu’est-ce que c’est qu’un verbe directionnel ? Si vous ne connaissez pas, c’est normal ! En effet, ce genre de construction n’existe pas dans la langue française, ou plutôt le français possède un système tout différent. C’est pourquoi cette construction a posé (et pose encore) beaucoup de difficultés tout au long de l’apprentissage du .
Je vous donne un exemple de Talmy :
(FR) L’oiseau est entré dans la pièce en volent.
(Ang) the bird flew into the room.
Là où le français utilise un verbe plus un gérondif (en + participe présent), l’anglais préfère un verbe plus une préposition. Plus précisément, le français utilise un verbe de trajectoire (entrer) puis ajoute une manière (en volant) tandis que l’anglais utilise un verbe de manière (Fly) plus un « satellite de trajectoire» (into). Cependant, l’histoire est un peu différente en .
() 鳥飛進屋子裡。
Traduction littérale : oiseau-voler-entrer-maison-dedans
Pour exprimer la même chose, le utilise une construction verbale composée de deux verbes : verbe de manière (voler) et verbe de trajectoire (entrer).
S’il n’y a pas 36 mille verbes en , la combinaison de ces verbes pose quand même pas mal de difficultés pour les étudiants francophones.
J’ai effectué donc ma première expérimentation auprès des étudiants de la fac de lettres d’Aix-en-Provence : L2-L3-M1 du département des études asiatiques. Il s’agit de traduire les 13 phrases en français en choisissant une ou des phrases en proposées. Le taux de réussite est ci-dessous. Cette expérimentation devrait me permettre d’établir un état de lieu du lecte dans chaque étape d’apprentissage.
Comme ce qu’indique le titre de cet essai, ce résultat nécessite d’une analyse approfondie. A suivre donc !